La bryone dioïque

Une plante toxique , très commune: apprenez à la connaître

Bryonia diaoïca

Un peu de botanique: Bryonia dioïca

On la nomme aussi navet du diable, vigne du diable, couleuvrée, herbe aux femmes battues, feu ardent.

Elle appartient à la famille des cucurbitacées (comme le concombre ou les courges). C’est une plante dioïque: il existe des pieds mâles et des pieds femelles . C’est une herbacée grimpante, munie de vrilles qui changent régulièrement de sens de rotation. Les feuilles sont divisées en 5 lobes. Les fleurs sont blanc verdâtre. Les fruits sont des baies , vertes puis rouges à maturité. La racine a une forme de navet allongé, robuste: « grosse comme la cuisse d’un enfant » selon Dorvault.

La racine et les baies sont extrêmement toxiques: 15 baies sont mortelles chez l’enfant, une quarantaine chez l’adulte. Les baies étant particulièrement amères et âcres, il faut tout de même avoir un sens gustatif bien peu développé pour s’intoxiquer accidentellement. (Néanmoins, appelez le centre anti poison si un enfant en a absorbé).

La bryone est inscrite à la Pharmacopée sur la liste des plantes « dont les effets indésirables potentiels sont supérieurs au bénéfice thérapeutique attendu ».

Une médicinale trop dangereuse

ça va mieux en le disant

Deux points à rappeler: d’une part, ce n’est pas parce qu’un produit est naturel qu’il est sans danger (pour mémoire, l’arsenic, la grande ciguë, le curare sont bien des substances naturelles…) , d’autre part, ce n’est pas parce qu’on utilisait un remède il y a mille ans qu’il a un réel intérêt , et nos descendants pourront dire la même chose de bien des éléments de notre Pharmacopée. La racine de bryone présente trop de risques pour être encore utilisée. Un formulaire thérapeutique de 1914 précise déjà qu’elle est « peu usitée » mais d’un usage courant « en médecine homœopathique contre les phlegmasies (sic) pulmonaires ».

Elle contient des molécules purgatives drastiques, particulièrement toxiques, dans les baies et plus encore dans la racine. Jusqu’au début du XXème siècle elle était encore proposée à faibles doses comme diurétique, purgatif, et même « contre les cas d’épilepsie provoquée par la présence de vers dans l’intestin » (Cazin, Leclerc), mais aussi pour les rhumatismes, la rougeole, la coqueluche, la variole, l’asthme…

Son usage est aujourd’hui réservé à la médecine homéopathique.

Intoxication

Les premiers signes en cas d’absorption de baies sont digestifs: vomissements, diarrhée cholériforme puis sanglante, puis convulsions. En cas de plus forte dose, les troubles rénaux et cardiaques peuvent entraîner la mort.

Il peut y avoir confusion entre la racine de bryone et le navet comestible: la racine est mortelle à faible dose (30g ).

Autre effet, beaucoup moins grave celui-ci: le contact avec la racine peut être irritant pour la peau.

Un faux air de navet ou de panais

En cas d’ingestion, ici la liste des centres anti-poison en France métropolitaine.

L’inutile et le superflu… (ou pas)

Paratonnerre antique

L’empereur Cesar Auguste aurait porté une couronne de bryone pour éviter d’être foudroyé lors d’un violent orage. L’histoire ne dit pas s’il s’agissait de la bryone dioïque ou de la bryone blanche, tout aussi toxique.

La fraude des sorciers

La bryone était connue depuis les Egyptiens. Elle remplaçait parfois la mandragore, moins commune. Et comme même les meilleures sorcières pouvaient à l’occasion céder à l’appât du gain, d’aucuns racontent qu’en Angleterre, sous les Tudor, la racine de mandragore était souvent remplacée par du navet-du-diable… Certains vont même jusqu’à le tailler pour que la ressemblance soit plus frappante! À leurs risques et périls: la fraude était passible de la peine capitale.

Il en faut peu pour la faire passer pour une mandragore!

Avec un peu (beaucoup) d’imagination, la racine de bryone évoque un pied déformé par la goutte: il suffit de la porter autour du cou pour guérir cette maladie.

La lèpre

Au XIVème siècle, la bryone était proposée dans le traitement de la lèpre. Sans succès hélas. Culpeper au XVIIème siècle propose la racine pour d’innombrables affections cutanées, les cicatrices anormales, les « taches bleues et noires », les gales, les parasitoses variées…

et pour les bêtes à cornes

La décoction de racine de bryone était considérée comme « la meilleure purge pour le bétail à cornes ».

et même un usage culinaire

Pierre Lieutaghi rapporte que dans les Pyrénées Orientales, les jeunes tiges au printemps se consomment comme des asperges, une fois bouillies. Et ces « asperges » ont des vertus diurétiques.

Bibliographie succincte

https://www.toxiplante.fr/monographies/bryone.html

Michèle Bilimoff Les remèdes du Moyen-Âge éd.Ouest-France 2014

Breverton’s Complete herbal, based on Culpeper’s The English Physitian and Compleat Herball of 1653 Éd.Quercus

Jean Bruneton Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales , 5ème édition, ED.Lavoisier Tec et doc

François Couplan Hommes et plantes Ed Sang de la Terre 2011

Dorvault L’officine, répertoire général de pharmacie pratique dix-huitième édition-bis, Vigot frères, éditeurs, 1945

Michel Dubray Guide des contre-indications des principales plantes médicinales  Ed.Lucien Souny

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Pierre Lieutaghi La plante compagne Pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale Actes Sud 1998

P.Loiseau, G.Lyon Formulaire thérapeutique ED.Masson et Cie. 1914

Margot et Roland Spohn 450 fleurs Ed Delachaux et Niestlé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.