Le houx

Le houx Ilex aquifolium Aquifoliacées

Botanique

On nomme parfois le houx grand-pardon, ou grand houx pour le distinguer du Fragon ou petit-houx.

Le genre Ilex compte plus de 300 espèces, mais le houx est la seule espèce de nos régions. Parmi les Ilex, le plus connu est le maté (Ilex paraguariensis). Mais notre houx européen n’en partage pas les propriétés.

Le houx a des feuilles de plusieurs types: à bord lisse, puis de plus en plus coriaces jusqu’à devenir épineuses, de plus en plus épaisses , lui permettant de résister aux phytophages (animaux qui mangent les feuilles) et aux conditions climatiques défavorables (il reste vert en toute saison).

Le houx a une particularité:  il ne porte que des fleurs à étamines, ou que des fleurs à pistil, mais il peut  changer de sexe d’une année sur l’autre.

Les baies de houx sont toxiques, surtout pour les enfants: des intoxications mortelles ont été décrites. En revanche, elles représentent un aliment important pour les oiseaux, qui reste disponible tout l’hiver: les baies qui ont gelé à plusieurs reprises sont plus souples.

Propriétés médicinales

Le houx est trop toxique pour être utilisé comme plante médicinale.

Ses indications historiques: fébrifuge, purgatif, tonique

Ethnobotanique

Le bois de houx, dur et solide fournissait des lances et des javelots dès m’époque néolithique. Il est recherché toujours des ébénistes et des tourneurs, pour fabriquer des engrenages, des cannes, des cravaches: les houssines.

Le houx supporte très bien la taille: il donne de belles haies, impénétrables.

La seconde écorce permettait de préparer la glu des oiseleurs: les rameaux sont d’abord mis à bouillir une dizaine d’heures, puis à fermenter dans du fumier pendant un mois. La glu est une matière brune, filante, collante, insoluble dans l’eau, qui se manipule les mains mouillées ou enduites d’huile. Elle se dissout dans la térébenthine .

Une légende raconte que le houx est apparu dans les pas du Christ et que les baies rouges comme des gouttes de sang, rappellent sa Passion.

Les traditionnelles couronnes de houx à Noël reprendraient la coutume romaine des saturnales: la fête de Noël est inspirée des Saturnales romaines aux début de la chrétienté. Le houx fait office de porte-bonheur: suspendu aux portes la veille de la Nativité, il protège la maison contre les maladies, voire les sortilèges.

Pour aller plus loin

Breverton’s Complete herbal, based on Culpeper’s The English Physitian and Compleat Herball of 1653 Éd.Quercus

Jean Bruneton Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales , 5ème édition, ED.Lavoisier Tec et doc

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Pierre Lieutaghi La plante compagne Pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale Actes Sud 1998

Les tilleuls

Tilleul, Tilia cordata, T.platyphyllos, T. tomentosa, Malvacées (autrefois Tiliacées)

On identifie aujourd’hui une quarantaine d’espèces de tilleuls.

Botanique

Les tilleuls sont le plus souvent des hybrides, toutes les espèces européennes étant fertiles entre elles. Ce sont de grands arbres à écorce grise et lisse, à feuilles cordiformes (en forme de cœur).

Sabine Robin naturopathe Tilleul
Tilleul Tilia cordata Feuille, inflorescence et bractée

Les fleurs de tilleul sont regroupées en cymes, à long pédoncule, attaché à une bractée.

Propriétés médicinales

Ce sont les fleurs et l’aubier qui sont les plus utilisés, mais les usages anciens prenaient aussi les feuilles et le charbon.

Les bractées

Tilleul bractées
(image: herboristerie moderne)

Les fleurs sont anti spasmodiques et calmantes, adoucissantes pour les maux de gorge et les aphtes. Le bain de tilleul était bien connu pour apaiser les enfants. Une tisane de tilleul (inflorescences) est aussi un remède contre la toux et les rhumes, facile à utiliser notamment chez l’enfant. L’eau distillée de fleurs de tilleul appliquée sur la peau est réputée lutter contre les rides, les taches brunes.

Cazin propose une pommade faite d’écorce cuite dans l’axonge contre les furoncles. Un cataplasme de feuilles, plus simple à préparer, soulage dartres, plaies et hémorroïdes. On employait la décoction d’écorce contre les plaies par arme à feu.

Le charbon de bois de tilleul s’employait à l’extérieur (comme celui de bouleau, de saule ou de peuplier) comme absorbant et désinfectant.

L’aubier sombre

Du tilleul, on utilise aussi la deuxième écorce ou aubier, c’est la partie du bois encore vivante. Choisir plutôt l’aubier sombre (l’aubier blanc est plus adapté à la fabrication des toupies!). L’aubier de tilleul facilite les fonctions d’élimination urinaire et digestive, il est cholagogue et cholérétique (facilite la fabrication et l’évacuation de la bile). Il se prépare en décoction (mettre la plante à l’eau froide, porter à ébullition une dizaine de minutes, laisser un contact une demie-heure avant de filtrer).

En gemmothérapie

On retrouve l’ensemble des indications avec le macérât de bourgeons : calmant (le sommeil ne vient pas « je n’arrête pas de penser »), antispasmodique, digestif, détoxifiant.

Et c’est une plante à laquelle on ne connaît pas de contre-indications: la tisane familiale par excellence.

Ethnobotanique

Le nom est attesté depuis le XIIème siècle. Le plus vieux tilleul en France serait de le tille de Bracon, dans le Jura: c’est un Tilia cordata, qui aurait été planté en 1477, pour le mariage de Marie de Bourgogne et Maximilien d’Autriche. Il n’est pas bien haut (pas plus de 20 m), mais son tronc mesure environ 15 m de circonférence.

Carl von Linné 1707-1778

On retrouve le nom de tilleul dans d’innombrables noms de lieux (Tillé, Le Thil…) et noms de personnes (Henri Dutilleux, Teilhard de Chardin, Charles Lindbergh l’aviateur, Ferdinand von Lindemann qui a prouvé l’impossibilité de la quadrature du cercle, Carl von Linné,  le « prince des botanistes », dont le père avait pris le nom latin Linnaeus en référence à un tilleul remarquable de sa propriété)

Dans les métamorphoses d’Ovide, Baucis, la compagne de Philémon est transformée en tilleul.

Le tilleul n’est pas qu’une « plante à tisane »: depuis l’Antiquité (Theophraste et Pline en font mention), l’écorce de tilleul sert à fabriquer des cordes et des ficelles réputées pour leur solidité.  Faut-il alors rapprocher le nom allemand du tilleul Linde du latin lentus tenace?

Les fruits du tilleul ont été utilisés comme succédané de café. En Allemagne, on même proposé un « chocolat » en mêlant fruits et fleurs (après essai, je n’ai pas été vraiment convaincue…)

Le bois réduit en poudre a été utilisé comme adjuvant au fourrage. La sève est riche en sucre, mais pas assez pour permettre une exploitation industrielle. Pendant la seconde guerre mondiale, le Dr Leclerc ajoutait la poudre de feuilles séchées à de la farine d’orge pour « combattre les méfaits de la sous-alimentation carnée ».

Et l’inutile si important

Des tilleuls, on en voit dans toutes les villes, Arthur Rimbaud flâne :

 

 

 

 

 

Roman

I

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Et bien sûr, la madeleine de Proust, même si nous arrivons ici bien loin de la botanique…

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Pour aller plus loin

Jean Bruneton Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales , 5ème édition, ED.Lavoisier Tec et doc

Michel Dubray Guide des contre-indications des principales plantes médicinales  Ed.Lucien Souny

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Marie-Antoinette Mulot herboriste diplômée  Secrets d’une herboriste Éd.Dauphin
Henriette Walter , Pierre Avenas La majestueuse histoire du nom des arbres Ed.Robert Laffont, 2017

Le thuya

Thuya Thuya occidentalis, Cupressacées

Botanique

L’arbre que nous nommons Thuya aujourd’hui n’est pas le même que celui de Pline. Notre thuya a été rapporté  de la région du Saint-Laurent au Canada par Jacques Cartier en 1553.

Propriétés médicinales et toxicité

Le thuya fait partie des plantes qui ont permis à Samuel Hahnemann d’élaborer sa théorie de l’homéopathie (Similis similibus curantur: les semblables soignent les semblables).

Le thuya contient un dérivé terpénique, la thuyone, qui a des propriétés convulsivantes, voire hallucinogènes. (C’est la présence de thuyone dans les apéritifs à base d’absinthe qui avait justifié leur interdiction).

Cette toxicité interdit tout usage thérapeutique.

Il est recommandé de ne pas composter le thuya.

Les animaux y sont très sensibles.

La seule indication intéressante est celle de la teinture, en usage exclusivement externe: c’est un excellent remède des cors et des verrues.

Ethnobotanique

Ce thuya est appelé arbre de vie par les Amérindiens, appellation que Linné reprend en 1753. (arbor vitae).

Pour aller plus loin

Jean Bruneton Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales , 5ème édition, ED.Lavoisier Tec et doc

Michel Dubray Guide des contre-indications des principales plantes médicinales  Ed.Lucien Souny

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Bob Press Green guide to trees of Britain and Europe Bloomsbury

Henriette Walter , Pierre Avenas La majestueuse histoire du nom des arbres Ed.Robert Laffont, 2017

 

Le buis

Le buis Buxus sempervirens Buxacées

Botanique

Le buis est un arbuste à feuilles persistantes, au bois très dur.  Les feuilles sont petites, ovales, luisantes, échancrées au sommet et dégagent une odeur caractéristique.

Buis toujours vert, même sous le givre

On le nomme aussi buis béni ou bois béni, guezette, ozanne

Propriétés médicinales

Le buis ne figure plus à la Pharmacopée . Son usage n’est plus recommandé désormais. Néanmoins, il possède une activité indéniable.

La présence de buxine, un alcaloïde rend le buis toxique par voie orale. La buxine est surtout présente dans le bois. Elle provoque des troubles digestifs violents, suivis de troubles cardiaques. L’intoxication peut être mortelle. Les chevaux y sont particulièrement sensibles.

Le buis était un fébrifuge réputé, efficace lorsque le quinquina avait échoué selon Cazin. Il a été proposé dans les traitements de la syphilis, la pleurésie, rhumatismes: selon Dorvault (édition de 1945), les parties employées étaient les feuilles, les racines et l’écorce de racine et le bois.

La décoction est un purgatif drastique en infusion ou en poudre.

Une macération de feuilles dans de l’huile, associée à une huile de millepertuis, était employé contre les rhumatismes et les douleurs dentaires.

Des formules anciennes le recommandent pour traiter les pellicules du cuir chevelu: une longue macération des feuilles coupées dans du rhum ou du marc, additionné que quelques gouttes d’huile essentielle de lavande. Et utiliser cette lotion chaque jour pour frictionner le cuir chevelu.

Ethnobotanique

Pièce d’échec en buis (autapisvert)

Le buis est connu pour son bois depuis la préhistoire, ce bois est parfois plus lourd que l’eau. Ce bois dur est sculpté ou tourné, pour fabriquer par exemple des pièces de jeu d’échec ou de petits instruments à vent, ainsi que des engrenages, des clavettes (cheville de bois).

 

 

Sa présence dans les cimetières est fréquente,  les catholiques conservent toute l’année la tige bénite lors de la fête des Rameaux.Le buis consacré ne saurait être jeté, il doit être détruit par le feu: la tige de l’année précédente était brûlée et bénite la veille du mercredi des Cendres, la cendre servant à tracer la croix sur le front des fidèles.

Le buis est un grand protecteur: souvent, un rameau de buis cloué sur le linteau ou la porte protège la maison des mauvais sorts (des ondes néfastes dirait-on maintenant), une coutume méridionale consistait à jeter au feu un rameau de buis bénit pour protéger le foyer pendant un orage (rapporté par Pierre Lieutaghi)

L’arbre, de croissance très lente, vert même au cœur de l’hiver, était symbole d’immortalité.

buis ethnobotanique sabine robin naturopatheIl est cultivé dans les parcs et jardins depuis l’Antiquité, On le trouve dans la plupart des jardins des monastères au Moyen-Age. Il est taillé : c’est l’art topiaire.

On raconte qu’en Allemagne au XVIIIème siècle, un charlatan possédait un remède secret contre la fièvre. L’empereur lui acheta son secret pour la somme extravagante de 1900 florins: ce remède n’était qu’une teinture de buis… et dès que le secret fut dévoilé, le remède perdit son charme!

Jonas Hanway, un explorateur, relate qu’on perd des chameaux car ils broutent les jeunes pousses avec avidité, en Perse et aux environs de la mer Caspienne.

Fournier rapporte des accidents liés à la falsification de bière: les cônes de houblon avaient en partie été remplacés par des feuilles de buis…

 

Pour aller plus loin

Article Buis dans le Dorvault 1945

Dorvault L’officine, répertoire général de pharmacie pratique dix-huitième édition-bis, Vigot frères, éditeurs, 1945

Michel Dubray Guide des contre-indications des principales plantes médicinales  Ed.Lucien Souny

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Pierre Lieutaghi La plante compagne Pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale Actes Sud 1998

Marie-Antoinette Mulot herboriste diplômée  Secrets d’une herboriste Éd.Dauphin

Le robinier faux-acacia

Robinier Robinia pseudacacia Fabacées

Botanique

Jean Robin

Son nom honore un botaniste français, Jean Robin (1550-1629) apothicaire et botaniste (l’un n’allait alors pas sans l’autre) des rois Henri II et Henri IV. Il a introduit l’arbre en semant des graines dans son jardin de l’île de la Cité. Et son arbre vit toujours: il a été transplanté en face de Notre-Dame lors de la construction du Pont-Neuf, il est aujourd’hui penché et étayé, mais c’est dit-on, le plus vieil arbre de Paris !

robinier acaciaC’est un arbre épineux, avec des feuilles composées de nombreuses folioles toujours en nombre impair, à fleurs blanches en grappes pendantes et aux fruits en gousses brunes.

On parle couramment d’acacia plutôt que de robinier: la rue des acacias, juste en face de la Madeleine, est bordée de robiniers. Et le miel d’acacia vient bien du robinier, ainsi que les délicieux beignets de fleurs d’acacia!

Propriétés médicinales et toxicité

Racines, bois, écorce et graines contiennent une toxine qui a la particularité de cailler le lait.  On connaît des cas d’empoissonnement liés à la poussière de bois inhalée ou ingérée par des tourneurs. Des intoxications chez les animaux sont régulièrement rapportées (chevaux, porcs, les ovidés n’y sont pas sensibles).

Le robinier n’est pas considéré comme une plante médicinale.

Les fleurs sont légèrement calmantes et antispasmodiques.

Ethnobotanique

Un petit peu de vocabulaire… nous appelons acacia le robinier, si je parle d’un mimosa, je me réfère à l’acacia du botaniste, et si le botaniste parle d’un mimosa, je le nomme sensitive…

Les fleurs servent à faire des beignets, une liqueur de table, une eau de toilette, ainsi qu’une teinture jaune pour la soie: prendre soin de les récolter avant l’apparition des gousses.

Les graines torréfiées seraient un succédané de café, ce qui laisse perplexe car elles sont considérées comme légèrement toxiques. Les filaments d’écorce donnent des cordes et des tissus souples et flexibles.

Le bois, toxique, est résistant aux attaques des insectes et à la pourriture.

Pour aller plus loin

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Bob Press Green guide to trees of Britain and Europe Bloomsbury

Henriette Walter , Pierre Avenas La majestueuse histoire du nom des arbres Ed.Robert Laffont, 2017

 

 

La vitamine C

sabine robin naturopathe amiens

Peut-être la plus célèbre des vitamines!

Comme toutes les vitamines, elle doit être apportée par l’alimentation. Et les humains font figure d’exception à cet égard, puisque la plupart des autres espèces animales synthétisent très bien la vitamine C… La vitamine C est présente dans les végétaux, et pas seulement dans les oranges! Poivrons, persil, choux, en contiennent par exemple bien davantage que les agrumes.

Continuer la lecture de « La vitamine C »

Le noisetier

noisettes naturopathe

Noisetier, Corylus avellana, Bétulacées

À l’époque Romaine, le centre de culture des noisetiers était la Campanie, autour de la ville d’Avella, aujourd’hui Avella (au Nord du Vésuve): c’est ce nom qui est à l’origine de avellana, mais aussi d’un autre nom commun de la noisette: aveline (et avelinier pour l’arbuste), ainsi que des noms italien et espagnol (avellana).

Corylus, le nom de genre, a donné l’autre nom du noisetier: le coudrier.

Le noisetier se retrouve dans des noms de lieux: de coudrier dérivent Coudray (Eure, Mayenne, Loiret…), de avelanier dérive Lavelanet ( Ariège), et le pré-celtique Vaissa a donné La Vaissie en Dordogne: le noisetier est bien présent ! le mot noisetier est trop récent pour avoir des laissé des marques toponymiques.

On trouve des noisetiers partout en Europe, la France en cultive peu (2000 ha environ, à peine 10% de la consommation), le reste est importé de Turquie principalement, ainsi que d’Espagne et d’Italie

Botanique

Pourquoi un noisetier n’a t-il pas toujours de noisettes en automne?

noisetier ethnobotanique fleur naturopathie
Fleur femelle de noisetier

Le noisetier annonce le printemps! dès février, il fleurit. Cette floraison précoce est précieuse pour les abeilles. Les chatons de noisetier ne passent pas inaperçus: ce sont les fleurs mâles. En revanche, la fleur femelle reste très discrète: on ne voit que de courts stigmates rouge vif qui dépassent d’un bourgeon. L’arbuste porte des fleurs mâles d’une part, des fleurs femelles d’autre part, sur le même pied: c’est une espèce monoïque (étymologiquement, mâle et femelle dans la même οἶκος « maison »: sur le même arbre).

noisetier chaton ethnobotanique naturopathe amiens
Fleur mâle de noisetier

Le pollen des chatons (plusieurs millions de grains par chaton, tout de même!) est transporté par le vent et finit par se déposer sur une fleur femelle pour la féconder. Alors pourquoi un noisetier isolé ne porterait-il pas de noisettes?  Parce que les fleurs mâles et femelles d’un même pied ne sont pas « compatibles »… et que, pour davantage de sécurité, les fleurs mâles d’un arbre sont à maturité avant les fleurs femelles: tout est fait pour éviter un risque de consanguinité. Il faut donc compter sur le vent pour déposer le pollen d’un autre noisetier sur nos fleurs femelles.

Usages médicinaux et alimentaires

noisettes naturopathe

On pense aux noisettes évidemment: les hommes préhistoriques les consommaient déjà, il y en a des trabces dans eds sépultures néolithiques.C’estun fruit sec riche en magnésium, en lipides insaturés (60%), en protéines en vitamines du groupe B (thiamine et B6), en vitamine E, mais peu de vitamine C. Les noisettes fournissent une huile dont la composition est proche de celle de l’huile d’amande et un excellent véhicule pour les huiles essentielles.

Les feuilles renferment des tanins: la tradition les utilise pour soulager les jambes lourdes, , les mains et pieds froids, contre la diarrhée, les maux de gorge. En usage externe, l’infusion de coudrier soulage une poussée hémorroïdaire.

L’écorce, par sa richesse en tanins, était connue comme fébrifuge, cicatrisante et astringente.

Pas de contre-indication connue: une plante d’usage traditionnel sans risque.

En gemmothérapie le noisetier agit à l’étage des poumons, pour limiter la sclérose et faciliter les échanges. Au niveau mental, la noisette bien à l’abri de sa coque est le symbole de la sagesse intérieure.

Une tradition plus ancienne (mais un peu de gourmandise ne peut nuire) propose un lait de noisette (piler longuement les noisettes jusqu’à les transformer en « beurre » et ajouter un peu d’eau ou de lait: aujourd’hui, on utilise simplement un mixer) pour soigner un rhume qui s’éternise.

Sainte Hildegarde en recommandait les fruits contre l’impuissance.

Et je ne résiste pas à cette recette de Mathiole (1554): la cendre de noisettes mêlée à de la graisse d’ours fait repousser les cheveux des chauves!

Ethnobotanique

Dans la Rome antique, on brûlait des torches de noisetier aux mariages pour apporter du bonheur aux époux.

Le bois de coudrier, flexible et facile à tresser, fournit des barrières légères. Les  tiges souples maintiennent les chaumes des toits, sont tressées en paniers. Le bois plus ancien forme des bâtons de marche , des tuteurs pour les jardins.

Et la baguette de coudrier: tantôt baguette de maudite du sorcier, tantôt baguette bénéfique du sourcier! elle indique la présence la présence d’eau avec une précision remarquable, souvent supérieure aux études géologiques! c’est la baguette divinatoire.

La mythologie grecque attribue à Apollon une baguette divinatoire en noisetier.

Les avis sont partagés : d’aucuns affirment que le caducée des médecins est en bois de noisetier, d’autres en platane. Si la baguette centrale est un noisetier, c’est le symbole de l’amour : Mercredi, jour de Mercure (Hermès), est le jour du noisetier, de la concorde entre les Hommes.

Quelques traditions, un peu éloignées des usages médicinaux:

Pour les Celtes, c’est l’arbre de la connaissance. Il fait partie des sept arbres chefs des Druides (Chêne, Houx, Pommier, Noisetier, If, Pin et frêne)

Autrefois, les écoliers anglais n’allaient en classe le 14 septembre (Holy Cross Day) pour ramasser les noisettes.

Une tradition d’Halloween: les amoureux font rôtir des noisettes, si elles restent entières, leur amour est solide, dans le cas contraire, disputes à prévoir!

Dans une autre tradition, les noisettes donnent le nom des soupirants: les jeunes filles jettent les noisettes au feu, c’est le craquement le plus sonore qui désigne le l’heureux élu.

À l’est de l’Angleterre, les tiges de noisetier cueillies le jour des Rameaux et placées devant une fenêtre protègent la maison de la foudre.

Et Saint-Patrick aurait chassé les serpents d’Irlande avec un baguette (magique) de coudrier. C’est aussi une baguette de coudrier qui peut protéger des maléfices lancés par les sorcières.

Dans le Devon, une vieille femme accueille la future mariée à l’église avec un panier de noisettes pour garantir la fertilité.

En Irlande, royaume des elfes s’il en est, trois arbres, le pommier, l’aubépine et le noisetier, forment la frontière entre le monde réel et celui des elfes et des fées.

Le mot de la fin…

à Pierre de Ronsard, où l’on retrouve une variante de les vertus divinatoires du noisetier:

Je mis, pour t essayer encores devant-hier,

Dans le creux de ma main des fueilles de coudrier :

Mais en tappant dessus, nul son ne me rendirent,

Et flaques sans sonner sur la main me fanirent ;

Vray signe que je suis en ton amour moqué,

Puis qu en frapant dessus elles n ont point craqué

Amours de Cassandre, 1552

Pour aller plus loin

Breverton’s Complete herbal, based on Culpeper’s The English Physitian and Compleat Herball of 1653 Éd.Quercus

Jean Bruneton Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales , 5ème édition, ED.Lavoisier Tec et doc

Michel Dubray Guide des contre-indications des principales plantes médicinales  Ed.Lucien Souny

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Francis Hallé Stéphane Hette Frédéric Hendoux Les arbres amoureux  Ed. Salamandre, 2018

Marie-Antoinette Mulot herboriste diplômée  Secrets d’une herboriste Éd.Dauphin

Jean-Marie Pelt Des fruits. Petite encyclopédie gourmande. J’ai lu 2009

Michel Pierre Les plantes du bien-être, les remèdes de A à Z éd. du chêne

Henriette Walter , Pierre Avenas La majestueuse histoire du nom des arbres Ed.Robert Laffont, 2017

La symphorine

Symphorine Symphoricarpos albus Caprifoliacées

On l’appelle aussi arbre aux perles, symphorine à fruits blancs ou symphorine à grappes.

Elle est originaire du Nord-Ouest de l’Amérique , introduite en 1817 comme plante ornementale.

Les fleurs fournissent un bon nectar aux abeilles.

Toute la plante est faiblement toxique, en cas d’ingestion , les fruits provoquent douleurs abdominales, vomissements, diarrhée.

D’anciens usages thérapeutiques la proposaient néanmoins comme fébrifuge (tige et racine).

 

Pour aller plus loin

www.toxiplante.fr consulté le 12 octobre 2018

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus