Les tilleuls

Tilleul, Tilia cordata, T.platyphyllos, T. tomentosa, Malvacées (autrefois Tiliacées)

On identifie aujourd’hui une quarantaine d’espèces de tilleuls.

Botanique

Les tilleuls sont le plus souvent des hybrides, toutes les espèces européennes étant fertiles entre elles. Ce sont de grands arbres à écorce grise et lisse, à feuilles cordiformes (en forme de cœur).

Sabine Robin naturopathe Tilleul
Tilleul Tilia cordata Feuille, inflorescence et bractée

Les fleurs de tilleul sont regroupées en cymes, à long pédoncule, attaché à une bractée.

Propriétés médicinales

Ce sont les fleurs et l’aubier qui sont les plus utilisés, mais les usages anciens prenaient aussi les feuilles et le charbon.

Les bractées

Tilleul bractées
(image: herboristerie moderne)

Les fleurs sont anti spasmodiques et calmantes, adoucissantes pour les maux de gorge et les aphtes. Le bain de tilleul était bien connu pour apaiser les enfants. Une tisane de tilleul (inflorescences) est aussi un remède contre la toux et les rhumes, facile à utiliser notamment chez l’enfant. L’eau distillée de fleurs de tilleul appliquée sur la peau est réputée lutter contre les rides, les taches brunes.

Cazin propose une pommade faite d’écorce cuite dans l’axonge contre les furoncles. Un cataplasme de feuilles, plus simple à préparer, soulage dartres, plaies et hémorroïdes. On employait la décoction d’écorce contre les plaies par arme à feu.

Le charbon de bois de tilleul s’employait à l’extérieur (comme celui de bouleau, de saule ou de peuplier) comme absorbant et désinfectant.

L’aubier sombre

Du tilleul, on utilise aussi la deuxième écorce ou aubier, c’est la partie du bois encore vivante. Choisir plutôt l’aubier sombre (l’aubier blanc est plus adapté à la fabrication des toupies!). L’aubier de tilleul facilite les fonctions d’élimination urinaire et digestive, il est cholagogue et cholérétique (facilite la fabrication et l’évacuation de la bile). Il se prépare en décoction (mettre la plante à l’eau froide, porter à ébullition une dizaine de minutes, laisser un contact une demie-heure avant de filtrer).

En gemmothérapie

On retrouve l’ensemble des indications avec le macérât de bourgeons : calmant (le sommeil ne vient pas « je n’arrête pas de penser »), antispasmodique, digestif, détoxifiant.

Et c’est une plante à laquelle on ne connaît pas de contre-indications: la tisane familiale par excellence.

Ethnobotanique

Le nom est attesté depuis le XIIème siècle. Le plus vieux tilleul en France serait de le tille de Bracon, dans le Jura: c’est un Tilia cordata, qui aurait été planté en 1477, pour le mariage de Marie de Bourgogne et Maximilien d’Autriche. Il n’est pas bien haut (pas plus de 20 m), mais son tronc mesure environ 15 m de circonférence.

Carl von Linné 1707-1778

On retrouve le nom de tilleul dans d’innombrables noms de lieux (Tillé, Le Thil…) et noms de personnes (Henri Dutilleux, Teilhard de Chardin, Charles Lindbergh l’aviateur, Ferdinand von Lindemann qui a prouvé l’impossibilité de la quadrature du cercle, Carl von Linné,  le « prince des botanistes », dont le père avait pris le nom latin Linnaeus en référence à un tilleul remarquable de sa propriété)

Dans les métamorphoses d’Ovide, Baucis, la compagne de Philémon est transformée en tilleul.

Le tilleul n’est pas qu’une « plante à tisane »: depuis l’Antiquité (Theophraste et Pline en font mention), l’écorce de tilleul sert à fabriquer des cordes et des ficelles réputées pour leur solidité.  Faut-il alors rapprocher le nom allemand du tilleul Linde du latin lentus tenace?

Les fruits du tilleul ont été utilisés comme succédané de café. En Allemagne, on même proposé un « chocolat » en mêlant fruits et fleurs (après essai, je n’ai pas été vraiment convaincue…)

Le bois réduit en poudre a été utilisé comme adjuvant au fourrage. La sève est riche en sucre, mais pas assez pour permettre une exploitation industrielle. Pendant la seconde guerre mondiale, le Dr Leclerc ajoutait la poudre de feuilles séchées à de la farine d’orge pour « combattre les méfaits de la sous-alimentation carnée ».

Et l’inutile si important

Des tilleuls, on en voit dans toutes les villes, Arthur Rimbaud flâne :

 

 

 

 

 

Roman

I

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines…

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

Et bien sûr, la madeleine de Proust, même si nous arrivons ici bien loin de la botanique…

Et tout d’un coup le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l’heure de la messe), quand j’allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m’offrait après l’avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m’avait rien rappelé avant que je n’y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d’autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s’était désagrégé ; les formes — et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot — s’étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d’expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir.

Pour aller plus loin

Jean Bruneton Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales , 5ème édition, ED.Lavoisier Tec et doc

Michel Dubray Guide des contre-indications des principales plantes médicinales  Ed.Lucien Souny

Paul-Victor Fournier Dictionnaire des plantes médicinales et vénéneuses de France Éd. Omnibus

Marie-Antoinette Mulot herboriste diplômée  Secrets d’une herboriste Éd.Dauphin
Henriette Walter , Pierre Avenas La majestueuse histoire du nom des arbres Ed.Robert Laffont, 2017

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