La mémoire

L’oubli et la mémoire sont également inventifs.

Jorge Luis Borges.

La mémoire , ou plutôt les mémoires: la mémoire de travail qui permet de retenir un numéro de téléphone le temps de le composer, la mémoire sémantique, qui permet de retenir ce qu’on lit, la mémoire épisodique, qui permet de raconter des événements passés: elle disparaît avec le temps et peut transformer les souvenirs en connaissances générales, la mémoire procédurale, qui vous permet de faire du vélo, la mémoire perceptive qui permet de retenir grâce à nos sens ce qui nous entoure…

Pour que la mémoire soit efficace, il faut bien sûr que le cerveau soit « en état de marche »: des connexions neuronales , une oxygénation correcte, ce qui passe par des vaisseaux sanguins en bon état, et des neuromédiateurs  actifs, acétylcholine, sérotonine… eux-mêmes contrôlés par des neuromodulateurs.

Entretenir sa mémoire: hygiène de vie

Bougez!

Le sport , bon pour la santé, et pas seulement pour les muscles!

L’exercice physique est bénéfique pour la mémoire, à tout âge: des articles ici,voir aussi ref1 (article paru dans JAMA en 2004, qui met en évidence l’intérêt de l’exercice physique, notamment la marche, sur les femmes âgées),  et là  (articles concernant les pré-adolescents).

et remuez vos neurones!

Lisez, jouez aux échecs, au bridge, au Scrabble, faites des mots croisés, battez les records au 2048 sur votre téléphone…

 

Concentrez-vous!

Les pensées défilent et vous distraient… apprenez à méditer: un entraînement quotidien, même bref (de l’ordre de dix minutes par jour) peut améliorer vos capacités cognitives, en vous aidant à rester concentré.

La méditation en pleine conscience a des effets positifs sur les maladies neuro-dégénératives  (un article ici)  ,  réduit le déclin des facultés cognitives liées à l’âge (ici) , voire les améliore (ici).  Toutes ces études demandent à être complétées et approfondies; mais devant les bénéfices attendus et l’absence d’effets  indésirables , n’hésitez pas!

Des toxiques à éviter:

Ne fumez pas

Ce n’est pas votre allié! Fumer fait partie des facteurs de risque des troubles de la mémoire: un article ici,  et des conseils pour arrêter là.

Alcool, cannabis…

L’alcoolisme chronique est un facteur de risque majeur de troubles cognitifs, les alcoolisations ponctuelles aussi. Des articles ici, et  ref4.

La consommation de cannabis est en pleine expansion: en France, en 2014, 17,0 millions de personnes déclaraient avoir déjà pris du cannabis au cours de leur vie. 4,6 millions au cours de l’année, 1,4 million au moins 10 fois au cours du mois et 700 000 quotidiennement (source: OFDT)… Il faut le dire, le répéter, le scander sur tous les tons: le cannabis n’est pas inoffensif!

Perte de motivation, difficultés de concentration, altération de la mémoire de travail, oubli à mesure: rien de positif sur les performances scolaires (ref5)

Des médicaments qui altèrent la mémoire

Attention, il n’est pas question d’interrompre un traitement prescrit.

Les médicaments incriminés sont les benzodiazépines (leur nom finit souvent  par        -zepam: bromazepam, diazepam, lorazepam, lormétazepam, alprazolam pour ne citer que quelques uns des plus courants), les  hypnotiques comme le zolpidem, la zopiclone…  (ref2, ref3)

Si vous êtes en traitement depuis très longtemps , faites le point avec votre médecin: faut-il continuer? à la même posologie? commencer un sevrage? N’arrêtez jamais de vous-même, et jamais brutalement: il faut souvent plusieurs mois pour se passer de ce type de médicament, lorsque l’arrêt est envisagé. Des conseils ici pour un sevrage en douceur.

 

La mémoire dans l’assiette

La vitamine D

Les bénéfices de la vitamine D sont nombreux, et pas seulement pour les os. Un déficit en vitamine D fait partie des facteurs de risque d’aggravation d’altérations cognitives: veillez à vos apports, et sous les climats d’Europe du Nord, prenez vos suppléments en vitamine D, les déficits sont quasi constants.

Les acides gras omega-3

Toutes les fonctions cérébrales nécessitent la présence de ces acides gras, indispensables à la fluidité des membranes cellulaires. Les études confirment leur intérêt , sans pour autant démontrer que les symptômes de maladies du type Alzheimer puissent régresser par un apport supplémentaire.Un autre article ici .Néanmoins, pour garder vos neurones en bon état, mangez des poissons gras (maquereaux, sardines, anchois) et un peu d’huile de colza, noix, cameline ou zinc. Sur les omega 3, vous pouvez en savoir plus ici.

Et la phytothérapie

Les traitements allopathiques sont décevants dans les troubles de la mémoire, leur rapport bénéfices-risques jugés le plus souvent défavorable. Les plantes ne font pas de miracle non plus, mais elles apportent une aide indéniable .

Ginkgo biloba

Le Ginkgo est un arbre sacré en Chine et au Japon. C’est le plus ancien de nos arbres, apparu sur Terre  il y a 200 millions d’années environ, traversant les âges: Darwin l’a qualifié de fossile vivant . Il a une longévité remarquable, sa période de reproduction dépasse mille ans.

Il est surnommé arbre aux quarante-écus: est-ce parce que sa rareté lors de son introduction en France au XVIIIème siècle allait de pair avec un prix élevé, ou en raison de sa frondaison jaune d’or à l’automne? ref 6

Le Ginkgo n’a pas de « prédateur » naturel, il résiste aux parasites et champignons. À Hiroshima, six ginkgos ont survécu à l’explosion de la bombe nucléaire, à moins d’un kilomètre de l’épicentre. Ils sont toujours vivants aujourd’hui.

Le ginkgo s’utilise en extrait sec ou liquide, en traitement de fond.  (ref 2) . Il a montré son efficacité avec des  patients qui présentent des altérations de la mémoire : un article ici, un autre là.

Attention en cas de prise simultanée d’anticoagulants, il en potentialise les effets: surveillance rapprochée de l’INR à prévoir. (ref 7)

Une association qui a fait ses preuves pour les étudiants: pendant les fameuses « semaines de révisions », le mélange ginkgo-ginseng, en extrait sec ou liquide, permet d’améliorer sa capacité de résistance au stress, ses facultés de concentration et de mémorisation. Choisir si possible des extraits de plantes fraîches, en cure de 2 ou 3 semaines. Pas de ginseng en cas d’hypertension artérielle ou de maladie intestinale.

 

Bacopa monnieri

La bacopa est une plante traditionnelle de la médecine ayurvédique, utilisée pour la mémoire, l’anxiété, les difficultés de concentration, mais aussi dans l’arthrite.  un autre lien ici

Le romarin

Shakespeare fait dire à Ophelie dans Hamlet: »There’s rosemary, that’s for remembrance: pray, love, remember.’(Voici du romarin, c’est pour le souvenir: prie, aime, souviens-toi)

Un aromate à utiliser sans modération dans la cuisine: les doses culinaires suffisent,  une étude ici.

La diffusion d’une HE romarin ct 1,8 cinéole améliore la mémoire (c’est ici): n’hésitez pas à en utiliser dans le diffuseur de votre bureau!

La lécithine

Remède très populaire dans les années 1980, son efficacité reste à démontrer… Comme souvent, une mode chasse l’autre! par exemple, des remèdes traditionnels qui prêtent à sourire aujourd’hui:

Pline cite deux sources d’eau: l’une donne la mémoire, l’autre la retire, ce sont Mnémosyne et Léthé.

Hildegarde de Bingen préconise huile d’olive et sève d’ortie…

Restons modestes, nos remèdes d’aujourd’hui seront peut-être désuets demain!

ref1  JAMA. 2004;292(12):1454-1461.   (ici pour accéder directement)

ref2 Phytothérapie (2017) 15:159-163

ref3 Dictionnaire Vidal

ref4  Melody Menchi Troubles cognitifs du patient alcoolodépendant. Les enjeux dans le soin. Thèse présentée à l’Université Claude Bernard Lyon 1 et soutenue publiquement le 15 octobre 2015 pour obtenir le grade de Docteur en Médecine

ref5 J.Costentin La Lettre du Psychiatre • Vol. VIII – no 2 – mars-avril 2012

ref6 Jean Valnet Phytothérapie, traitement des maladies par les plantes. 5ème  édition. Maloine s.a éditeur.

ref7 Michel Dubray Guide des contre-indications des principales plantes médicinales Éd. Lucien Souny

Auteur de l’article: Sabine Robin, docteur en Pharmacie, DU phyto-aromathérapie clinique, DU micronutrition exercice et santé.

L’auteur déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt financier avec l’industrie pharmaceutique ou laboratoire ou fabricant de produits ou matériels médicaux.

Dernière mise à jour 11 mai 2018

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.