Le romarin

Une plante qui a toutes les qualités: aromatique dans la cuisine, médicinale, on utilise les feuilles en tisanes, on en extrait des huiles essentielles, et les bourgeons fournissent un macérât précieux en gemmothérapie.

Un peu de botanique

Le romarin, Rosmarinus officinalis, est une plante de la famille des lamiacées. C’est un arbrisseau touffu, commun sur le pourtour méditerranéen. Les fleurs, bleu clair ou lilas, sont groupées en inflorescences spiciformes (en épis). Il est facile à reconnaître, par l’odeur aromatique des feuilles. Comme la plupart des lamiacées, la section de la tige est carrée, et la fleur a une forme caractéristique, avec une « lèvre »: c’est l’étymologie de l’ancien nom de la famille, Labiées.

Une plante médicinale

L’utilisation du romarin est attestée depuis l’époque des Pharaons.

pour l’appareil digestif

C’est une plante cholérétique (qui facilite la production de la bile), et légèrement diurétique.

Elle est aussi anti-spasmodique: une tisane adaptée pour faciliter la digestion d’un repas trop copieux.

pour la sphère ORL

En usage externe, une infusion de romarin additionnée de sel (9g de sel pour 1 litre de tisane, ou plus simplement une petite cuillerée à café de sel marin dans une tasse) soulage le nez bouché . Il suffit d’utiliser votre tisane salée en lavage de nez, à l’aide d’une petite poire ou d’une « corne » .

Toujours en usage externe, un bain de bouche avec une infusion de romarin était réputé améliorer l’hygiène bucco-dentaire.

Dans les hôpitaux, lors des épidémies de peste en particulier, on brûlait du romarin et du genièvre pour chasser les « miasmes ».

pour les muscles et les articulations

Et si vous souffrez de jambes lourdes, de douleurs articulaires ou musculaires, un bain additionné de romarin apporte un soulagement.

Le romarin est un anti-oxydant reconnu.

pour le cerveau

Il a aussi des effets anti-dépresseurs et anxiolytiques… chez la Souris, les effets n’ont pas été confirmés chez l’Homme.

Le romarin serait un allié pour votre mémoire, le recherche actuelle confirmant ainsi un usage ancestral (déjà cité par Culpeper en 1653): une étude (qui demande à être approfondie) conclut que la consommation d’infusion de romarin est anxiolytique, améliore la mémorisation et le sommeil chez des étudiants. D’autres articles confirment un effet positif sur la mémoire, chez des adultes, des sujets âgés, des étudiants, le romarin étant utilisé seul ou associé à de la sauge et de mélisse.

Vous pouvez aussi reprendre un usage antique: en Grèce, les élèves portaient des guirlandes de romarin autour du cou ou tressés dans les cheveux pour améliorer leur mémoire.

Une huile essentielle

Le romarin, comme beaucoup de Lamiacées, fournit des huiles essentielles: selon le climat, la région de production, l’huile essentielle a des caractéristiques différentes. Il est indispensable de connaître le chémotype pour s’y retrouver. On utilise pour la distillation les rameaux fleuris: c’est une des premières plantes distillées, à Montpellier, au XIVème siècle.

Quelques précautions à connaître

Quelle que soit l’HE choisie, la voie orale est à éviter, en raison de la présence de camphre dans les 3 chémotypes (le camphre est toxique pour le foie et le système nerveux). Privilégiez toujours la voie cutanée diluée (dans une huile végétale) . Et ne prolongez jamais les traitements au-delà de quelques jours.

Les HE de Romarin ct AB,V et camphre ne conviennent ni aux enfants, ni aux femmes enceintes ou allaitantes, et les trois chémotypes sont contre-indiqués aux personnes ayant des antécédents d’épilepsie ou de convulsions, même parfaitement équilibrées par leur traitement.

HE Romarin ct 1.8 cinéole

Elle est originaire du Tunisie et du Maroc, et comme son chémotype l’annonce, c’est la plus riche en 1-8 cinéole (plus de 40%), mais elle contient aussi du camphre en quantité non négligeable (environ 10%).

C’est la plus anti-infectieuse des 3 HE Romarin: ses indications privilégiées sont les infections respiratoires (rhumes, sinusites, bronchites), les boutons d’acné infectés, les mycoses, les herpès (dont le « bouton de fièvre »).

Sa teneur en camphre (et en autres substances: mono-terpènes) lui confère aussi des propriétés anti-inflammatoires: une HE intéressante à associer à des relaxantes musculaires ou anti inflammatoires complémentaires (par exemple HE Lavandin abrial ou HE Hélichryse italienne…). En usage externe, elle soulage les céphalées (en particulier liées à un excès alimentaire), associée ou non à HE menthe poivrée.

C’est une HE qui convient bien aux tempéraments inhibés, introvertis: on retrouve l’aspect « tonique cérébral » du romarin.

HE Romarin ct verbénone (ou AB,V acétate de bornyle, verbénone)

Originaire de Sud de la France et de Corse, elle contient aussi du camphre (environ 15%), du 1.8 cinéole (10-15%) et des mono-terpènes. C’est l’HE qui possède l’odeur la plus douce. Vous la choisirez pour les affections respiratoires avec un encombrement (bronchite, sinusite).

C’est une HE importante pour la sphère hépato-biliaire, en soutien dans les hépatites virales, en détoxicant après certains traitements. Elle contrôle la toxicité hépatique de certaines HE antiinfectieuses (à phénols, comme le Thym ct thymol, l’origan compact, la cannelle de Ceylan ou de Chine par exemple), sans altérer leur efficacité.

Dans un autre domaine, c’est une HE « équilibrante« : fatigue nerveuse, déprime, anxiété…

HE Romarin ct camphre

Originaire du Portugal, d’Espagne et de France (Provence), elle affiche un taux de camphre souvent supérieur à 20%, et toujours du 1-8 cinéole (20-25%).

C’est l’HE qui soulage les douleurs musculaires et articulaires, appréciée des sportifs, en préparation à l’effort et en récupération, pour son action chauffante. Elle est aussi utile pour les affections respiratoires (fluidifiante, expectorante et anti infectieuse).

Autre usage efficace: une très bonne antiparasitaire, insectifuge (elle éloigne les insectes) et insecticide. Elle entre dans les compositions de remèdes contre les poux.

En application sur le cuir chevelu (diluée bien sûr dans une huile végétale ou une lotion alcoolisée), son effet rubéfiant et vasodilatateur favorise la pousse de cheveux.

Les bourgeons

En gemmothérapie, on utilise les macérâts glycérinés (MG) de jeunes pousses de romarin. C’est un remède de choix lorsqu’il s’agit d’éliminer les « colles »: effets indésirables hépatiques de certains médicaments (les contraceptifs oraux notamment), c’est aussi un anti oxydant, un stimulant physique et psychique. On l’associe au cassis dans les allergies traînantes.

Le MG de romarin est aussi un adjuvant efficace dans les dysbioses intestinales (déséquilibre de la flore intestinale): il améliore les inflammations, les symptômes des colopathies fonctionnelles (syndrome de l’intestin irritable).

Et comme toujours, que vous utilisiez la plante, les huiles essentielles ou les bourgeons, pas de traitements prolongés: il est préférable de procéder par cures, en respectant des intervalles libres et en alternant les plantes médicinales. Et respectez les posologies: elles sont définies en fonction de chaque personne.

Et puis l’inutile et le superflu (ou pas)

Du nom des plantes

Le romarin , en anglais Rosemary, vient du latin ros marinus (rose ou rosée marine), que les copistes ont « latinisé » en rosmarinus.

Mais je préfère cette étymologie : la Vierge Marie, lors de la fuite en Egypte a jeté son manteau (bleu comme il se doit) sur un buisson de romarin, donnant à ses fleurs leur couleur bleue et son nom de rose de Marie.

Le romarin et l’encens (Boswellia carterii) n’ont vraiment rien à voir (botaniquement parlant ). Pourtant, quand on parle d’encensier en Provence, on désigne le romarin: c’est l’odeur camphrée qui évoque celle de l’encens… Pour éviter les confusions, nommons les plantes en latin, c’est leur identité universelle!

Un porte-bonheur

Pour les Romains, le romarin apportait bonheur et prospérité, et assurait un séjour paisible dans l’au-delà. En Grèce, son parfum était le symbole de l’amour et de la prospérité.

Pline recommandait d’en placer sous son lit pour chasser les mauvais rêves.Le romarin était déjà largement cultivé au Moyen-Âge, dans les jardins des abbayes. Sa présence est attestée jusqu’en Ecosse: il a selon toute vraisemblance été introduit en Angleterre par l’armée romaine.

Hommage et souvenir

En Angleterre, il était d’usage de porter un brin de romarin lors des funérailles, pour le déposer sur le cercueil.

Après la Première Guerre mondiale, on porte un brin de romarin lors de l’Anzac Day (25 avril), en mémoire des soldats australiens et néo-zélandais tombés à Gallipoli.

Une panacée

Le romarin a eu l’honneur d’un Traité au XIIIème siècle, qui regroupe ses usages: toutes les parties de la plante sont utilisées, du bois pour les tonneaux aux feuilles pour conserver le vin, en passant par les fleurs ou les racines. Les préparations nous sont connues: fumigations, infusions, macérations dans du vinaigre, du vin, même du lait de chèvre. La simple présence du romarin éloigne les serpents et scorpions, une fumigation fait sortir les serpents de leur trou, et les feuilles chassent les teignes du blé et du pain. Les usages pour la santé sont nombreux, et rejoignent les nôtres: il garde la jeunesse, écarte les mauvais rêves, soigne les rhumes, et réduit en poudre, sert de dentifrice

La Reine de Hongrie et les quatre voleurs

Un élixir de jeunesse

Au XIVème siècle, la reine de Hongrie âgée de 72 ans , paralysée de douleurs et de goutte, reçut d’un monastère une liqueur composée de romarin, lavande et menthe pouliot. L’effet en fut si miraculeux qu’elle retrouva force, jeunesse et vigueur, si bien qu’elle fut demandée en mariage par le roi de Pologne… malgré son grand âge!

Un vinaigre prophylactique

Le romarin entrait dans la composition d’un remède censé prévenir de la peste: le vinaigre des quatre voleurs. On raconte que durant une épidémie de peste, à Toulouse au début du XVIIème siècle (d’autres disent à Marseille), des moines préparèrent un remède à base de plantes macérées dans du vinaigre, pour se protéger des miasmes et porter secours aux malades. En ces temps troublés, des voleurs n’hésitaient pas à détrousser les morts: pris en condamnés, ils donnèrent la formule du remède à leurs juges pour échapper au gibet. L’histoire ne dit pas s’ils furent graciés.

La formule est restée dans le Codex jusqu’en 1884, et dans le Dorvault (un recueil de formules de préparations pharmaceutiques) jusqu’en 1945:

Le vinaigre des quatre voleurs, Dorvault 1945

Vous pouvez préparer un vinaigre antiseptique et vulnéraire en faisant macérer une dizaine de jours romarin, sauge, menthe poivrée, lavande, cannelle, muscade et giroflier séchés dans du vinaigre blanc ou du vinaigre de cidre, avec une gousse d’ail.

Le mot de la fin…

à Maurice Carême (1899-1978)

La rose et le marin

Une rose aimait un marin.
- Il est ainsi d'étranges choses -
Le marin n'aimait pas la rose ;
il n'aimait que le romarin.
 
 
Il partit sur le Marie - Rose,
Traversa l'océan Indien.
Et rien d'étrange à cette chose :
Un marin va toujours très loin.
 
 
Mais en débarquant à Formose,
Il vit, l'attendant dans un coin,
Une femme habillée de rose
Tenant en main du romarin.
 
 
Que faire en cet état de chose
Surtout lorsque l'on est marin
Et qu'on devine mal la cause
De cette ruse du destin ?
 
 
On parle de métempsycose,
Mais personne n'est sûr de rien.
Nul n'a revu la femme en rose
Et nul n'a revu le marin.
 

Bibliographie succincte

Romarin et mémoire

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30318972

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29433682

Half Way to Scarborough Fair? The Cognitive and Mood Effects of Rosemary and Sage Aromas. in Phytothérapie Volume 15, 38-43, février 2017

Ouvrages de référence

Jean Bruneton Pharmacognosie, phytochimie, plantes médicinales , 5ème édition, ED.Lavoisier Tec et doc

Dorvault L’officine, répertoire général de pharmacie pratique dix-huitième édition-bis, Vigot frères, éditeurs, 1945

F.Dupont, J.-L. Guignard Botanique systématique moléculaire 14ème édition, Ed.Elsevier-Masson

Michel Faucon Traité d’aromathérapie scientifique et médicale Sang de la Terre

Gérard Guéniot, Franck Ledoux La phytembryothérapie, l’embryon de la gemmothérapie Ed.Amyris

Fabienne Millet Le guide Marabout des huiles essentielles Ed Marabout

Fernando Pitera di Clima, Marcello Nicoletti Précis de gemmothérapie . Fondements scientifiques de la méristémothérapie Ed Amyris 2018

Aline Raynal-Roques La botanique redécouverte Ed.Belin INRA 2008

Autres références consultées

https://www.awm.gov.au/commemoration/customs-and-ceremony/rosemary

Michèle Bilimoff Les remèdes du Moyen-Âge éd.Ouest-France 2014

Breverton’s Complete herbal, based on Culpeper’s The English Physitian and Compleat Herball of 1653 Éd.Quercus

Françoise Fery-Hue: Le romarin: un traité manuscrit anonyme à travers l’époque médiévale, in Romania 115,138-192, 1997

Marie-Antoinette Mulot herboriste diplômée  Secrets d’une herboriste Éd.Dauphin

Les liens ont été consultés en avril 2019

http://www.copyrightfrance.com/certificat-depot-copyright-france-8YYX1K5.htm

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