Le hêtre

Le hêtre Fagus sylvatica Fagacées

Un peu de botanique

Le hêtre, Fagus sylvatica,  est un arbre de la famille des fagacées, à feuilles caduques, des régions tempérées froides:

Les pins, sapins, hestres ou fousteaux dits aussi faux, et les charmes, sont arbres de montagne froide.

Olivier de Serres (1539-1619)

Les feuilles bordées de poils sont faciles à reconnaître:

Sternenlaus, Tree&photo: birdy — selfmade by see authors, CC BY-SA 3.0

Il présente un tronc massif, droit , cylindrique, avec une écorce lisse, qui atteint 40m de haut. Il est rarement envahi par le lierre ou le gui. Les feuilles séchées restent au sol et limitent le développement d’autres végétaux à sa base. Les racines sont apparentes et peu profondes.

Le hêtre ne fleurit pas avant sa maturité, vers 40 ans. C’est une espèce monoïque, c’est-à-dire qu’il porte des fleurs mâles (les chatons) et des fleurs femelles sur le même arbre. Le hêtre est anémogame (la pollinisation se fait par le vent).Le fruit est une faÎne, les hêtres ne fructifient pas chaque année.

La longévité d’un hêtre ne dépasse que rarement 150 ans, mais s’il est taillé en trogne ( étêté, il s’appelle un têtard, taillé latéralement ou émondé, une ragosse ou émonde), il atteint 500 ans. La taille doit être régulière, au risque de voir l’arbre abattu lors d’une tempête. Ces tailles réalisent un paradoxe: elle accélèrent le vieillissement de l’arbre, en lui imposant cicatrices et déformations, mais allongent sa durée de vie, en réduisant la prise au vent, en limitant les attaques des grands herbivores et en permettant l’installation dans ses cavités de nombreuses espèces animales.

Une utilisation depuis la Préhistoire

Un village néolithique du Dauphiné (Charavines), a été bâti en bois de sapins, puis de feuillus, dont des hêtres, il y a environ 5000 ans.

Les feuilles mortes du hêtre fournissent un rembourrage apprécié de matelas: un lit réputé pour favoriser le sommeil, en particulier pour les enfants.

Les faînes fournissaient une alimentation aux porcs. En période de disette, les hommes les ont aussi consommées. L’écorce du hêtre était parfois broyée et mélangée à la farine d’orge ou d’avoine, pour accroître le volume du pain.

Le bois de hêtre est apprécié en menuiserie, pour la fabrication de petits meubles, de roues, d’ustensiles. La traditionnelle quille de neuf est tournée dans su bois de hêtre. Il servait aussi de support à des peintres.

Le bois de hêtre est utilisé comme bois de chauffage. Il sert aussi à fumer le poisson ou la viande.

Quelques usages médicinaux

Le hêtre n’a pas laissé de traces dans nos pharmacopées occidentales. On relève des usages traditionnels de l’écorce comme fébrifuge, comme succédané du quinquina dans le traitement du paludisme, comme vermifuge. Les feuilles servaient à soigner les plaies, irritations, lésions de la peau.

L’inutile et le superflu…ou pas

Des arbres et des mots

Photo lacapitale.be

Le nom hêtre, d’origine germanique, désigne le jeune tronc, et le terme fayard l’arbre adulte, qu’on reconnaît dans les anciens faou fou, comme dans Le Puy du fou qui est la colline du hêtre. Ce fou ou fouet, se retrouve dans le mot fouine, jadis nommée martre du hêtre ( mustela fagina): ce petit mammifère est réputé friand des faînes.

Le nom latin, Fagus, vient lui-même du grec  φαγέω (je mange): les faînes (les fruits) du hêtre sont en effet comestibles. Elles étaient consommées par les animaux et n’entraient dans l’alimentation humaine qu’en période de disette. La faînée ( c’est-à-dire le ramassage des faînes tombées à terre pour nourrir les porcs) était soumise à taxe par l’administration de Colbert, pour éviter la surexploitation des hêtraies.

Quand l’arbre devient livre

Livre un bon bouquin sous un hêtre, pléonasme?

Le terme bouquin vient du néerlandais ancien boc, qui désigne à la fois le livre et le hêtre: les runes étaient tracées sur l’écorce du hêtre, mais il est possible que le terme évouque les liens d’écorce qui reliaient les manuscrits anciens.

Une écorce pour les runes

L’alphabet runique, ou fuþark fut utilisé pour les langues germaniquesau début de notre ère, son apogée se situant vers le X ème siècle.

fuþark ancien

Les runes ne comportent que des traits verticaux et obliques, mais pas de traits horizontaux: à l’origine, elles ont probablement été tracées sur des tablettes en bois aux fibres horizontales, et les traits verticaux ou obliques étaient alors plus visibles, alors que des traits horizontaux se seraient confondus avec les fibres du bois.

Toponymes et patronymes

Le hêtre a nommé bien des lieux: du Puy du Fou au Fayet, de Carquefou au Faou, mais aussi Buckinham ( hêtre se dit beech en anglais, du saxon boc)… et se retrouve aussi dans des patronymes: Arthème Fayard, fondateur de la maison d’édition, La Fayette (1757-1834), surnommé « le héros des deux mondes ».

Une haie qui bat les records

Meikleour Beech Hedge

Un alignement de hêtres à Meikleour, en Écosse forme une haie de 30 m de haut et 500m de long. Elle est taillée tous les dix ans environ.

Plantes sauvages comestibles: un renouveau

Le hêtre, consommé jadis uniquement en période de disette, apparaît de nouveau dans des recettes de plantes sauvages comestibles.

Les feuilles se récoltent au tout début de la foliaison, quand elles sont encore presque translucides. Les faînes se récoltent dès leur formation, avant leur desséchement. Cueillez toujours avec parcimonie, les arbres nourrissent la faune et un écosystème est fragile.

Les jeunes feuilles se mangent en salade, les faînes se consomment crues, ou rôties et salées, leur goût évoque celui des noix. N’en abusez pas, elles renferment une substance irritante pour l’estomac. On peut en extraire une huile, qui ne rancit pas.

Et une recette tirée de l’inépuisable Food for free de Richard Mabey: Beech Leaf Noyau… à consommer avec (beaucoup de) modération:

Emplir aux neuf dix-dixièmes une jarre de jeunes feuilles de hêtre, bien nettoyées. Couvrir de gin en pressant un peu les feuilles: elles doivent être totalement recouvertes. Laisser macérer une quinzaine de jours. Filtrer: le gin a pris une belle couleur verte. Ajouetr du sucre dans les proportions suivantes: 350g de sucre (ou davantage su vous aimez une liqueur plus sirupeuse) dissout dans 250mL d’eau bouillante, et un peu de brandy. Bien mélanger, et mettre en bouteilles sitôt refroidi.

Le mot de la fin

à Gustave Flaubert (1821-1880)

La diversité des arbres faisait un spectacle changeant. Les hêtres, à l’écorce blanche et lisse, entremêlaient leurs couronnes; des frênes courbaient mollement leurs glauques ramures; dans les cépées de charmes, des houx pareils à du bronze se hérissaient; puis venait une file de mince bouleaux, inclinés dans des attitudes élégiaques; et le spins, symétriques comme des tyaux d’orgue, en se balançant continuellement semblaient chanter.

L’éducation sentimentale III,1 1869

Bibliographie

Max Adams The wisdom of the trees Head of Zeus

F.Dupont, J.-L. Guignard Botanique systématique moléculaire 14ème édition, Ed.Elsevier-Masson

Bob Press Green guide to trees of Britain and Europe Bloomsbury

Pierre Lieutaghi La plante compagne Pratique et imaginaire de la flore sauvage en Europe occidentale Actes Sud 1998

Richard Mabey Food for free  Collins gem

Henriette Walter , Pierre Avenas La majestueuse histoire du nom des arbres Ed.Robert Laffont, 2017

Consulté le 23 juillet 2020

Auteur de l’article: Sabine Robin, docteur en Pharmacie, DU phyto-aromathérapie clinique, DU micronutrition exercice et santé.

L’auteur déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt financier avec l’industrie pharmaceutique ou laboratoire ou fabricant de produits ou matériels médicaux.

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